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La paüra dels crancs

Joan Navarro
Moira

Kehren die Kraniche wieder zur dir?
Friedrich Hölderlin

Glace aux lèvres. Le feu s’enfuit de mon corps. La bataille est perdue et je commence un discours impossible: La lune bougeait parmi les colonnes. (Avoir la sensation de voir, et rester muet de l’autre côté des sens, pendant que la lune danse parmi les colonnes, et le carrosse, qui fait le trajet des processions, écrase les bulbes des glaïeuls que la pluie découvre lentement dans la boue. C’est maintenant et c’est jamais. Ce discours impossible. Parler de ce dont on ne peut pas parler, malgré le conseil du philosophe de Vienne amoureux du squelette du langage. C’est maintenant et c’est jamais: Vous ne pouvez pas voir le feu de mon regard. On m’a blessé, on m’a blessé. J’ai la poitrine salie de sang. La lune brûle ma peau, brûle la lumière. Le carrosse emporte le bois de mon corps. Pourquoi pleurez-vous? Je marche parmi les ombres et je touche le froid avec les plaies de mes lèvres. J’aperçois le pays des planètes, l’énorme tour des sphères, le chant ancestral du vent quand il traverse la forêt, la hache qui éclaire, au sein de la terre, les vastes salles minérales. Je vois sur les eaux l’image de ma réplique. Des roues de feu incendient la nuit brûlant les poutres qui pendent des cieux, des canards comme des cendres vivantes traversant l’espace qui ne connaît pas de frontières. Où pourrais-je cacher ma douleur, cette peine qui mange mon âme, ce désert, ce paysage désolé? Cette voix, à qui appartient-elle? Qui,  s’embuscant dans le bois, m’a dit: Jette ton pain dans l’eau, remplis la terre de chevaux et ensuite, fuis, cours, cache-toi dans la poussière! Des roues de feu incendient la nuit et brûlent les cieux. La mort s’allonge sur les draps après avoir fait l’amour: un vide de silence s’ouvre entre deux négations. Oh, mes yeus sous les pattes des chevaux, des glaïeuls éclatant entre la boue de  mars et l’arc de la lune qui blesse les champs! Demain, les craves rempliront-ils ces terres à nouveau? Inutile et impossible discours quand tu crois que la parole te sauvera; tu as inventé la grammaire et Dieu, mais les dés du hasard nous gouvernent. À qui parles-tu si tu sais que le discours n’est pas la vie?)

Traduït per Amparo Salvador i Adela Gato
Joan Navarro, Moira. A: Sauvage! Fajoles: Le Nœud Des Miroir, 2007 
Joan Navarro, 2008. Foto: Markus Gudel
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