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A la Toscana

Sergi Belbel
En Toscane

SCÈNE 3

PHILIPPE : Excuse-moi, j'ai plombé l'ambiance. Je ne peux pas m'en empêcher. Si tu veux mon avis : la mort et la douleur sont des choses indissolubles. Comme les deux faces d'une pièce de monnaie. Il n'y a pas de mort sans douleur, que ce soit la sienne ou celle des autres. Et, de la même façon, il n'y a pas de vraie douleur sans la menace de la mort derrière. Donc, c'est absurde de se demander ce qui te fais le plus peur, une chose ou l'autre, parce que c'est la même chose. Et dire que tu veux mourir à un moment de bonheur extrême me paraît une connerie monumentale, excuse-moi.
MARC : Pense ce que tu veux. J'ai pensé que je voulais mourir.
PHILIPPE : "J'ai pensé que je voulais mourir." Mais maintenant tu es ici.
MARC : Malheureusement.
PHILIPPE : Alors... tu n'avais qu'à te tuer.
MARC : Et si je l'avais fait ? (Pause.) Tu crois que je n'en suis pas capable, hein ?
PHILIPPE : Non. (Pause.) Ni de le faire, ni d'y penser, ni de le dire.
MARC : Et bien y penser, j'y ai pensé. En Toscane, il y a une semaine. Le dire, c'est fait. Je viens de te le dire, à l'instant. Il ne me manque plus que le faire.
PHILIPPE : Écoute, Marc, il t'est arrivé quelque chose, là-bas ?
MARC : Il ne me manque plus que le faire.
PHILIPPE : ...Ou pas !
MARC : Et ce n'est pas ça, le dilemme.
PHILIPPE : Ah non ? C'est quoi, alors, le dilemme ?
MARC : Le dilemme c'est... "Est-ce qu'il y a un dilemme ou pas ?" Parce que, tout compte fait... tu ne crois pas que la vie est toujours plus forte que cet "aggloméré" de mort et de douleur ?
PHILIPPE : Je ne vois pas ce que tu veux dire...
MARC : On a tous vu des malades en phase terminale. Toi plus que moi, sûrement. Certains perdent plus conscience que d'autres. Mais ils ont tous assumé le quoi. Et ils demandent seulement que le comment soit le moins violent possible. Et dans la plupart des cas, le plus tard possible. Pour parler de ce qu'ils ressentent pour de vrai, ils utilisent des métaphores. "Donne-moi un peu d'eau, s'il te plaît", ça veut dire "ne pars pas encore, reste un petit peu, j'aime ta compagnie, aide-moi à surmonter l'inévitable avec tranquillité, et tu dois le faire parce que dans quelques jours tu ne pourras plus me voir ni me toucher." Et toi, tu prends le gobelet en plastique et tu regardes le mourant dans les yeux et tu l'aides à boire en lisant dans ses yeux ces mots que les lèvres n'ont pas osé prononcer, et tu restes un peu plus, et quand tu pars, celui qui est sur le point de mourir te dit : "je t'aime beaucoup", et il ne te l'avait jamais dit avant, et encore moins avec cette netteté, avec cette force. Ce "je t'aime" que te dit un mourant est la métaphore la plus absurde et perverse qui existe. "Je t'aime" ça veut dire "je ne veux pas mourir". Et rien d'autre. Tu parles qu'il t'aime. Il veut seulement que tu ne l’oublies pas. Il veut que, en sortant de la chambre, tu emmènes une partie de lui dans ta tête. Des particules de la vie de celui qui meurt. Et tu les emmènes. Parce que des années plus tard tu as encore dans la tête l'image de ses yeux pendant qu'il se régalait en buvant quelques gouttes d'eau dans un gobelet en plastique. Et ces yeux-là tu ne les oublieras jamais. Quand tu cherches dans ton cerveau, les particules qui forment cette image-là se rassemblent et la personne revit. (Pause.) Au moins, son regard est encore vivant dans ta tête. (Pause.) C'est pour ça qu'il n'y a pas de dilemme. La vie gagne toujours.


Traducido por Xavier Rodríguez Rosell
Sergi Belbel, En Toscane. Traducció de Xavier Rodríguez Rosell.
Fragmentos
En la Toscana
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Caricias
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Después de la lluvia
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Forasteros
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La sangre
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